Denise Laferrière


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Le théâtre se réinvente à chaque représentation!

« 887 » de Robert Lepage déstabilise le spectateur car, dès le départ, il parle directement aux gens de la salle et leur explique l'origine du titre, soit l'adresse de son enfance où il a vécu avec ses parents dans la ville de Québec. De même, le décor qui ressemble à une immense maison de poupée plus grande que nature s'anime selon l'un des six logis qui est mis en évidence par le metteur en scène et acteur unique qu'est Robert Lepage.

On y évoque certains événements comme le passage du général De Gaulle dans la ville de Québec par une maquette où une mini-caméra se déplace dans ce décor de carton-pâte pour illustrer cette page de l'histoire vécue par le dramaturge. Mais le fil conducteur entre la relation taciturne du père chauffeur de taxi au fils acteur est le prétexte où Robert Lepage doit réciter le poème de Michèle Lalonde " Speak White " pour commémorer la nuit de la poésie au début des années 70 et où il peine à se souvenir du texte.

Bien qu'il soit seul sur scène, il réussit à travers certains artifices à évoquer la présence de son père par l'atmosphère feutrée de la musique de la radio ou de donner la réplique à un personnage muet que lui seul voit. Il y a une grande créativité au niveau de la scénographie et le spectateur embarque à cent milles à l'heure. On se sent privilégié d'assister à une performance unique exceptionnelle et c'est magique!

Une autre pièce que j'ai eu le bonheur d'aller voir est " Belles-Sœurs : the Musical " . Cette pièce de Michel Tremblay écrite en 1965 a été remaniée par René Richard Cyr, metteur en scène et parolier sur une musique de Daniel Bélanger. Cette comédie musicale a subi une deuxième transformation lorsque qu'elle a été traduite en version anglaise. Nous sommes déjà ailleurs par rapport à l'œuvre originale de Tremblay, plus proche de Broadway que du réalisme d'un milieu populaire de Montréal où douze femmes se retrouvent ensemble à coller des timbres pour réclamer le gros lot gagné par Germaine Lauzon. Mais la jalousie et les relations tordues entre mère et fille et les déceptions de leur vie sans éclat amènent ces femmes à dévoiler leur amertume mais aussi leur soif de vivre malgré les conditions adverses de leur environnement.

La performance vocale de toutes les comédiennes mérite d'être soulignée car elle rend justice aux propos du texte et de la charge émotive qui se dégage selon la personnalité de chacune. Les costumes d'époque ajoutent au réalisme du décor d'une cuisine dans un milieu ouvrier et les musiciens qui appuient les prestations vocales des chanteuses jouent de façon très professionnelle et donnent de l'élan aux enchaînements. Bref, on sort du spectacle avec des mélodies plein la tête et un sourire accroché au visage.

Enfin, « Scènes de la vie conjugale » d'Ingmar Bergman créé à partir d'un feuilleton télévisé puis refait sous forme de film en 1974 est encore une fois transposé par un groupe d'acteurs en une pièce de théâtre librement inspirée du film de Begman. Ici, le couple interprété par deux acteurs flamands « s'attire, s'aime, se déchire, doute s'éloigne et se retrouve ». Ici pratiquement pas de décor; seuls, certains accessoires reflètent les gestes de la vie quotidienne : un support apparent pour changer de costume, une table et deux chaises, un tapis qu'on déroule, etc.

L'aspect le plus déroutant est que les comédiens s'adressent aux spectateurs pour introduire la scène qui va débuter ou encore, le fait que ceux-ci sont déjà dans la pièce au moment où la salle se remplit, ou encore pour annoncer l'entracte. Les comédiens font eux-mêmes les changements au niveau du décor ou des costumes et mettent la table et mangent réellement des aliments sur scène. Il n'y pas d'unité de temps ni de lieu et les comédiens doivent à chaque scène la contextualiser pour que nous ne perdions pas le fil de l'histoire.

Bien que cette façon de ne pas jouer un personnage mais d'être soi-même présenté par le mari alors que sa femme est très émotive dans la plupart des scènes m'apparaît peu crédible , cela n'a pas freiné ma participation émotive au déroulement de la pièce. Je crois que la maturité des comédiens en présence et le fait qu'ils travaillent ensemble depuis longtemps fait en sorte qu'ils se font confiance et gardent un espace de liberté dans leurs interactions.

Ce que j'ai adoré, c'est de démontrer la mécanique d'une scène de violence en allant chercher comme accessoire, un produit ressemblant à s'y méprendre à du sang. Une fois la scène finie, on voit le couple se débarbouiller le visage devant le public. C'est sain d'expérimenter la tension entre réalité et représentation de celle-ci.



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Denise Laferrière
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